« Ça fait partie de ma vie » : Tony Vanderwal et Bernie Martens se penchent sur les 50 années de bénévolat qu’ils ont passées auprès des délinquants

Tony Vanderwal et Bernie Martens faisaient déjà du bénévolat auprès de leurs églises lorsqu’ils ont découvert l’organisme M2/W2, qui s’appelait alors Canadian Job Therapy (M2), à la fin des années 1960.

M2/W2 est un organisme qui jumelle les bénévoles à des détenus afin de permettre à ceux-ci de vivre une relation de mentorat et de soutien qui les aidera à acquérir un état d’esprit positif et à se préparer à réintégrer la société. Plus de 300 bénévoles travaillent actuellement avec l'organisation.

Tony faisait partie du premier conseil d’administration de M2 lorsque l’organisme a été constitué en personne morale au Canada, puis il est rapidement devenu bénévole.

« Comme j’étais membre du conseil d’administration, je devais être au courant de la situation. Comment aurais-je pu prendre des décisions si je n’avais jamais mis les pieds dans une prison? », explique Tony. « C’est ainsi que tout a commencé. Nous tenions une réunion par mois à (New Westminster, en Colombie-Britannique), et ma première visite a été à l’établissement Haney, en compagnie de quatre ou cinq autres hommes qui fréquentaient mon église. »

Tony décrit comment il s’est senti lors de cette première visite : « Vous savez, une prison est un lieu étrange. Lorsqu’on y entre, on frissonne. Mais cette fois-là, nous étions accompagnés d’un excellent aumônier qui nous avait très bien préparés et nous avait dit ce que nous pouvions et ne pouvions pas faire. »

« Puis, quelque temps après, nous avons engagé Bernie Martens. Bernie faisait le tour des directeurs de prison pour obtenir leur autorisation et leur demander d’autres choses – en fait, je ne pourrais pas énumérer tout ce qu’il faisait, tellement il en faisait. Ce devait être en 1967 ou en 1968. »

Bernie Martens se souvient également de cette époque lointaine.

Il étudiait à l’Université de la Colombie-Britannique (UCB) lorsque M2/W2 lui a dit qu’un détenu incarcéré à l’établissement de Matsqui avait l’autorisation de suivre des cours à l’UCB. Bernie a été jumelé à ce détenu.

Bernie passait prendre le détenu à Matsqui le matin, et les deux hommes se rendaient ensuite à l’UCB ensemble. « Le trajet d’une heure nous laissait beaucoup de temps pour discuter. Nos sujets de discussion étaient très variés; nous parlions notamment de nos études, de notre passé, de nos antécédents et de nos objectifs de vie. »

« Cette expérience s’est avérée très enrichissante, et j’étais parfaitement à l’aise de me rendre à Matsqui pour passer le prendre et voyager avec lui. Ce genre de choses ne se font plus aujourd’hui, mais c’était monnaie courante à l’époque. »

Les deux hommes décrivent leur motivation à travailler avec des délinquants en termes semblables.

« L’important pour moi, confie Tony, c’est de faire ce que je peux pour les hommes et le pays. J’ai toujours eu envie d’aider les gens. Et j’en ai encore envie. L’un des détenus avec qui je suis jumelé se trouve à Kwi [Village de guérison Kwìkwèxwelhp], à 75 kilomètres d’ici; je dois donc parcourir 150 kilomètres pour m’y rendre et en revenir. Les gens me demandent pourquoi je fais cela. Eh bien, il y a un homme là-bas qui a passé 25 ans de sa vie en prison. Ce printemps, il se rendra à son audience de libération conditionnelle, et j’espère de tout cœur qu’il sera remis en liberté. Si c’est le cas, nous serons là pour l’aider. Si je suis capable de faire toute cette route pour l’aider, je me dois de le faire. »

« Pourquoi les délinquants? », demande Bernie. « Je ne sais pas trop. C’est peut-être en raison de mon éducation, de ce que mes parents et mes grands-parents m’ont enseigné : que tous les humains sont importants et que chacun des membres de la société a la responsabilité de faire preuve de compassion envers tous les êtres humains, peu importe leur identité, leurs antécédents et ce qu’ils font. »

Les bénévoles de M2/W2 comme Tony et Bernie travaillent avec des délinquants dans le cadre du programme de mentorat en prison de l’organisme.

Tony décrit ses 50 années de bénévolat de façon semblable : « Je nous considère plus comme des mentors que comme des bénévoles. On apprend à connaître les détenus au fil des ans, et ceux-ci commencent à dépendre de vous; votre façon de parler et d’agir est totalement différente de celle des autres détenus avec qui ils cohabitent. »

Les deux hommes continuent de rendre visite aux détenus avec lesquels ils ont travaillé lorsqu’ils faisaient partie de l’organisme M2/W2; certains d’entre eux sont même de véritables histoires de réussite.

« Joe est un détenu qui s’en est très bien sorti et avec qui je communique encore, raconte Tony. Ses parents étaient très pauvres, et il n’avait même pas 20 ans lorsque je l’ai rencontré. Joe a été condamné à une peine d’emprisonnement de 20 ans. Je lui rendais visite. Lorsqu’il est sorti de prison, il a vécu dans une maison de transition à Vancouver, en face de laquelle se trouvait un collège. »

Tony a encouragé Joe à s’inscrire au collège. Les deux hommes sont demeurés de bons amis. Joe s’est même marié et a fondé une famille; Tony a d’ailleurs agi comme son garçon d’honneur.

« Il a réussi à s’en sortir. Nous lui avons trouvé une camionnette d’une demi-tonne pour qu’il puisse travailler comme livreur; il se rendait tous les matins à l’aéroport de Vancouver pour ramasser des colis et les livrer. Aujourd’hui, il possède un camion de cinq tonnes. Il se porte donc très bien. »

« Il a deux garçons, et l’un d’eux vient de terminer ses études en droit à l’UCB. Je ne voyage plus autant, mais je passais toujours le voir lorsque je me rendais à Vancouver. Maintenant, je lui parle au téléphone. »

Bernie indique qu’il est recommandé d’entretenir des rapports avec les détenus lorsque ceux-ci sont libérés.

« Certaines relations durent plusieurs dizaines d’années, précise-t-il. Par exemple, un homme avec qui j’ai travaillé pendant 42 ans vient de mourir et n’avait aucun proche parent. Il a dû être hospitalisé, et c’est mon nom qui était dans les dossiers d’hospitalisation en cas de problème. Il n’avait personne. Ce genre de situation est plutôt courant. »

Le recrutement est une priorité continue pour M2/W2, un dossier que Bernie, en tant que membre du personnel de longue date et retraité de M2/W2, connaît bien.

« Nous avions toujours une longue liste d’attente pour les prisonniers. Le recrutement était difficile, surtout s’il se produisait un événement négatif en prison ou dans la collectivité. Mais une fois que les bénévoles avaient dit oui et avaient suivi la formation, c’est-à-dire notre formation et celle du SCC, il n’était pas rare que l’un d’eux me dise qu’il aurait dû commencer plus tôt. »

En ce qui concerne Tony, qui travaille auprès de M2/W2 depuis 50 ans et encadre toujours deux détenus, il n’est pas près de prendre sa retraite.

« L’un de mes vieux amis vient de prendre sa retraite parce que les membres de sa famille ne voulaient plus qu’il conduise, surtout dans le noir, car la plupart de nos activités se font le soir. Il a été bénévole pendant une trentaine d’années. Si je prends ma retraite, cela va trop me manquer. Ça fait partie de ma vie. »

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