Le commissaire Head réfléchit à sa carrière au SCC

Le commissaire Don Head a accompli beaucoup de choses au cours de son mandat au Service correctionnel du Canada (SCC).

Après avoir entrepris sa carrière au poste d’agent correctionnel à l’Établissement William Head en 1978, il a travaillé dans plusieurs établissements du SCC. À compter de 1995, il a travaillé au ministère de la Justice du Yukon et au ministère des Services correctionnels et de la Sécurité publique de la Saskatchewan, avant de revenir au SCC à titre de sous‑commissaire principal en 2002. Il a été nommé commissaire en 2008.

Pendant cette période, il a reçu de nombreux hommages et distinctions, dont la Médaille et la Barrette du gouverneur général pour services distingués en milieu correctionnel, ainsi que le Prix d’excellence de la fonction publique pour la diversité et l’équité en matière d’emploi.

Toutefois, si on lui demande ce dont il est le plus fier de la période qu’il a passée à la tête du SCC, il ne parle jamais de lui‑même, mais toujours des autres.

Pour le commissaire Head, le plus important a toujours été les personnes avec qui il travaille.

« En toute franchise, je crois que ma plus grande source de fierté n’est pas nécessairement une chose que j’ai faite ou accomplie, mais plutôt, je suis fier de tout le personnel du SCC », affirme le commissaire Head dans sa dernière entrevue à Entre Nous avant son départ à la retraite le 3 février.

« À chaque jour, plus de 18 000 personnes travaillent pour nous et, peu importe qu’elles travaillent dans les établissements, dans les bureaux de libération conditionnelle ou dans les centres correctionnels communautaires, au Collège du personnel de correction, dans les administrations régionales ou l’administration centrale – plus de 18 000 personnes viennent travailler et font tout pour aider les parmi les plus vulnérables de la société. »

Lorsqu’il a accepté de diriger le SCC, le commissaire Head a pris la décision de se voir comme un facilitateur.

« Je crois que quiconque aborde le rôle de commissaire en pensant réinventer les services correctionnels fait probablement fausse route », précise‑t‑il. « Le rôle du commissaire consiste à préparer le terrain pour que tous puissent faire le meilleur travail possible, ressentir le succès et se sentir valorisés. »

Croit‑il y être arrivé ?

« Je crois avoir contribué à paver le chemin pour aller de l’avant » réplique-t-il. « Il serait naïf de dire que j’ai ouvert toutes les voies puisqu’il y aura toujours des progrès à faire, il y aura toujours des voies secondaires ou des voies de sortie que le SCC devra prendre parcontre quelqu’un d’autre devra alors paver ce chemin. »

« Mais je crois avoir suffisamment paver pour permettre aux gens d’avancer et de poursuivre leur cheminement personnel et professionnel. »

Ce travail ne s’est pas fait sans difficulté. Dans une organisation aussi grande et comptant autant d’intervenants que le SCC, il faut constamment chercher l’équilibre entre les besoins du personnel, des délinquants, des victimes, des collectivités et du gouvernement.

« L’un des plus importants défis consiste à chercher cet équilibre au quotidien », selon le commissaire Head. « Il faut aussi tenter de trouver un équilibre entre ces besoins de manière à ce que chacun soit en mesure de trouver ce qui lui permettra d’aller de l’avant, qu’il s’agisse des délinquants, du personnel ou des victimes. Il s’agit d’un énorme, voire même un immense défi de trouver cet équilibre. »

Le commissaire Head était reconnu pour se dépasser afin de tenter de comprendre ces besoins et ces défis sur le plan personnel. Dans la mesure du possible, il tenait visiter les établissements et les collectivités, où, selon lui, le travail concret est accompli.

Pour ce faire, il accompagnait des agents correctionnels pendant leur quart de travail, observait des agents de libération conditionnelle et travaillait avec le personnel infirmier dans les unités de soins de santé.

« Je travaillais ainsi parce que je crois qu’il est important pour le commissaire de se rappeler que ce n’est pas à l’administration centrale que les services correctionnels sont rendus », affirme‑t‑il.

« Je ne veux rien enlever aux administrations régionales ou à l’administration centrale, qui jouent un rôle essentiel pour soutenir les services correctionnels, mais en ce qui me concerne, mon rôle consistait à communiquer avec les employés, à les mobiliser, à leur permettre de parler directement à la personne qui signe les directives du commissaire qui ont une incidence sur la façon dont ils effectuent leur travail au quotidien, à entendre les commentaires des employés sur le déroulement des opérations, sur ce qui ne fonctionne pas, sur ce qui peut être amélioré et sur ce qui fonctionne bien selon eux. Il était primordial pour moi de rester en contact avec eux. »

Le commissaire a vu de nombreux changements au cours des 40 années qu’il a passées au SCC, et certains changements ont été effectués à son initiative.

Il a été responsable de l’Équipe de transformation du SCC, établie au printemps 2008, ainsi que de la Direction des initiatives pour les Autochtones, de la Direction des enquêtes sur les incidents, de la Direction des services de gestion de l’information, du Secteur de l’évaluation du rendement et des structures de gestion et des normes de déploiement.

Toutefois, le plus grand changement, selon lui, concerne le fait que les services correctionnels sont maintenant considérés comme une profession.

« J’entends par là qu’il y a maintenant plus d’efforts déployés pour assurer des normes professionnelles pour les fonctions que nous devons soutenir, qu’il s’agisse de la façon dont nous effectuons la gestion de cas pour réaliser les programmes, de la façon dont les agents correctionnels s’acquittent de leurs tâches ou de la façon dont le personnel des soins de santé rend les services de santé physique et mentale. La professionnalisation des services correctionnels est probablement le changement le plus important que j’ai témoigné au cours des 40 dernières années. »

Il reconnaît qu’il reste du travail à faire concernant certains aspects complexes.

« J’ai lu des articles provenant des premières éditions d’Entre Nous qui ont été publiées lorsque j’ai commencé au SCC, et même des articles qui ont été publiés avant le début de ma carrière, alors que le SCC était le Service canadien des pénitenciers », explique‑t‑il. « Je vois des documents des années 1960 et du début des années 1970 où il est question de la nécessité de se pencher sur des enjeux comme l’isolement préventif, la santé mentale et les délinquantes, et il est intéressant de voir que ces enjeux semblent revenir à l’avant‑plan tous les quatre, cinq ou six ans. »

« Nous semblons revenir sur les mêmes enjeux clés ; chaque fois, nous faisons des progrès et franchissons une nouvelle étape, mais, de toute évidence, il reste que ces enjeux sont encore extrêmement importants aujourd’hui. »

En réalité, une organisation de plus de 18 000 employés est menée à peu près de la même façon qu’on commande un navire ; il faut du temps pour lui donner la bonne direction, et il n’est pas toujours possible de changer rapidement de cap.

« Un aîné m’a déjà dit que, à chaque fois qu’on examine quelque chose, particulièrement lorsque l’on tente de régler un problème qui a évolué avec le temps, il ne faut pas oublier que, si nous nous sommes enfoncés de 8 miles dans la forêt, il nous faudra parcourir 8 miles pour en sortir », explique le commissaire Head.

Dorénavant, il appartiendra à un nouveau commissaire d’accompagner le SCC dans la bonne direction et de l’aider à continuer à progresser.

Lorsqu’on lui demande quels sont les conseils qu’il donnerait à son successeur, le commissaire Head énumère quatre conseils qui, en fait, pourraient être valables pour tout employé du SCC.

« Premièrement, comme je l’ai mentionné, il faut rester en contact avec les opérations. Le travail correctionnel se déroule dans les établissements, dans les bureaux de libération conditionnelle et dans les centres correctionnels communautaires. Bref, là où se trouvent les délinquants, là où les services correctionnels sont rendus. Il ne faut pas l’oublier.

Deuxièmement, il ne faut jamais oublier de prendre soin des personnes dont nous avons la responsabilité juridique, pour nous assurer que les services correctionnels apportent un soutien optimal aux délinquants afin de les aider à réintégrer la collectivité en toute sécurité.

Troisièmement, je conseille de toujours penser au personnel et à le traiter le mieux possible parce que si les employés ne sont pas bien physiquement, mentalement, spirituellement et émotionnellement, ils ne seront pas en mesure de faire le travail qu’on leur demande de faire.

Enfin, je conseillerais au prochain commissaire de ne pas oublier de prendre soin de lui ou d’elle. Vous pouvez vivre branché à votre BlackBerry et à vos notes d’information et être en contact avec les opérations 24 heures par jour et 7 jours par semaine, mais vous devez parfois prendre du recul et prendre soin de vous également. »

Félicitations pour votre carrière exceptionnelle, Commissaire Head, et bonne retraite !

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