L'histoire de Kat

Reportages

Se sentir à l’aise, bien accueilli et inclus dans le milieu de travail est quelque chose que tout le monde veut et dont tout le monde a besoin. Pour Kat Ferguson, agent de libération conditionnelle au Bureau de libération conditionnelle d’Ottawa et personne trans-masculine non binaire, c’est particulièrement important.

 

« Je sais que la compréhension de mon sexe et de mon expression sexuelle est un ajustement pour beaucoup de gens, mais il est important pour moi et pour tous ceux qui sont de sexe mixte de se sentir acceptés et en sécurité au travail », dit-il. « Nous sommes collègues et souvent amis. Nous devons nous soutenir les uns les autres. »

 

Non-binaire signifie que l’identité sexuelle d’une personne peut inclure l’homme et la femme, androgyne, fluide, multiple et même pas de sexe. Dans le cas de Kat, il n’est ni homme ni femme. Dans la section Sexe de son permis de conduire, il y a un X. Son passeport contient un autocollant spécial qui indique que son sexe n’est pas précisé. L’expression sexuelle de Kat est homme. Alors que dans sa vie personnelle, Kat utilise aussi les pronoms masculins et féminins, au travail il a choisi « il » pour diverses raisons.

 

« Je ne m’identifie pas à un sexe en particulier », explique-t-il. « Je suis juste toujours resté moi-même, Kat. Je ne suis ni homme ni femme, je suis non binaire.

 

S’habituer à des pronoms neutres peut être difficile même pour moi. Je pense que c’est encore plus difficile dans un milieu professionnel où nous sommes habitués à utiliser M. ou Mme et vos seules options de cases à cocher sur les formulaires sont « femme » et « homme ». Mon expression et ma présentation sexuelles sont « homme ». Je ressemble à ce que les gens supposent généralement être un homme. Alors, pour faciliter les choses, j’ai choisi d’utiliser « il » comme pronom en milieu de travail. Cela me permet de m’acquitter de mes tâches sans devoir constamment expliquer mon identité sexuelle aux clients. « C’est aussi une question de sécurité du personnel, car je rends régulièrement visite à des délinquants violents à leur domicile. » 

 

Kat est né il y a 39 ans et a été identifié comme fille à la naissance. Son processus de devenir son vrai soi a commencé il y a environ huit ans quand il ne pouvait plus supporter la déconnexion entre ce qu’il voyait à l’extérieur et ce qu’il ressentait à l’intérieur. Il a connu la haine de soi et le comportement autodestructeur, se sentant comme si quelque chose n’allait tout simplement pas bien. Ce que Kat traversait était une dysphorie sexuelle et corporelle grave, quelque chose qu’il ne souhaiterait à personne. Ce n’est que lorsqu’il a trouvé une communauté de personnes de sexe mixte qu’il a réalisé qu’il n’était pas seul.

 

« J’ai toujours été un garçon manqué quand j’étais petit », affirme-t-il. « Ma mère m’a laissé me raser la tête quand j’avais huit ans. Mon sexe n’était jamais un problème pour moi. J’étais toujours moi-même, tout simplement. Dans mon adolescence, j’ai essayé d’accepter que je suis né fille. J’étais donc une fille bien que cela ne m’ait jamais apparu vrai. À la vingtaine, j’ai commencé à rencontrer d’autres personnes qui étaient transsexuelles, mais elles étaient fortement identifiées comme étant des hommes ou des femmes. Ce qui ne me correspondait pas non plus. Plus tard, lorsque j’ai rencontré des personnes non binaires, j’ai pris conscience que même si j’avais besoin d’une présentation plus masculine, il n’y avait pas de règles sur les interventions médicales, le cas échéant, nécessaires pour faire reconnaître mon identité sexuelle. Ce fut une grande découverte pour moi. » 

Une photo de Kat Ferguson


Kat travaillait pour le SCC depuis de nombreuses années lorsqu’il a décidé d’étudier ses options. Cela signifiait que les délinquants dont il s’occupait et ses collègues le connaissaient en tant que femme. Quand il a décidé de subir une reconstruction de la poitrine masculine (chirurgie importante) et une hormonothérapie substitutive pour passer à une expression plus masculine, il n’était pas sûr de ce à quoi s’attendre en termes de réaction. Finalement, il y en a eu peu.

 

« J’ai commencé ma transition avec une opération chirurgicale et mes condamnés à perpétuité (délinquants condamnés à perpétuité et qui travaillent avec Kat à long terme) savaient que quelque chose s’était passé, parce qu’ils me connaissaient comme une femme, mais ils n’ont jamais rien dit », explique Kat. « J’imagine qu’ils ont juste compris que cela ne les regardait pas? Ce qui est bien le cas. J’étais évidemment un peu différent, et certains étaient inquiets que j’ai eu un problème de santé qui a mené à mon opération, mais quand je leur ai dit que j’étais en bonne santé et bien, ils ont laissé tomber. Il en a été de même avec mes collègues. »

 

Ce n’est que quand il a commencé l’hormonothérapie que Kat a décidé de changer les pronoms d’« elle » à « il ». Comme vous pouvez l’imaginer, c’était une période difficile et stressante pour Kat, mais c’était nécessaire pour son bien-être mental et son bonheur. Avec les délinquants avec lesquels il travaillait, il a simplement attendu le bon moment dans une conversation pour leur dire. Avec ses collègues, il a envoyé un courriel demandant qu’ils se réfèrent maintenant à lui plutôt qu’à elle à partir de maintenant. Cela, dit-il, a vraiment été le seul moment « d’affirmation de son identité » qu’il ait eu dans sa vie.

 

« Pour être honnête, j’étais toujours très ouvert et honnête avec mes collègues au sujet de ma situation, alors le courriel était plus une manière de l’officialiser », dit-il. « Ils m’ont toujours énormément soutenu. Mes délinquants étaient les mêmes et tous les nouveaux avec lesquels je travaille n’ont aucune idée de mon histoire de sexe. Ils me connaissent juste en tant que « il ». De temps en temps, on me dit « elle » et ça peut être blessant, mais je demande juste que cela soit corrigé et je passe à autre chose. »

 

Kat continue à se faire à ce que cela implique d’être une personne non binaire dans le lieu de travail. C’est un processus lent qui vient avec ses hauts et ses bas. Qu’il soit confronté à la sélection de M. ou Mme, homme ou femme, ou appelé par son ancien nom ou elle, il continue d’avoir des discussions sur la façon dont le SCC peut être plus inclusif et accueillant envers les personnes de sexe mixte. Pour ce faire, il a beaucoup d’idées, comme mettre en place des toilettes neutres sur le plan du sexe, permettre aux gens de sélectionner X sur les formulaires pour le sexe, ou Mx à la place de M. ou Mme. Il encourage également les gens à utiliser un langage plus neutre pour signaler à tout le monde qu’ils sont les bienvenus, quoi qu’il arrive. Pensez à « Bonjour les amis » au lieu de « Bonjour mesdames et messieurs », par exemple. Et, dit-il, si quelqu’un que vous connaissez vous demande d’utiliser un pronom différent pour lui, faites-le parce que ne pas le faire le fait se sentir non valide et rejeté.

 

« Nous avons encore du travail à faire ici au SCC », affirme Kat. « Passer au travers des anciennes mentalités est difficile. S’il vous plaît, prenez le temps de vous éduquer et d’écouter les histoires personnelles de gens comme moi, de sexe mixte. Si c’est confus ou si vous voulez en savoir plus, posez des questions, suivez une formation ou cherchez des ressources qui peuvent vous aider. Il en existe. »

 

Pour Kat, il est tout aussi important de préparer les employés du SCC à soutenir les délinquants de sexe mixte que de les préparer à se soutenir mutuellement en tant que collègues. Il participe activement à l’initiative Espace positif du SCC pour sensibiliser les autres à la diversité des sexes, mais il aimerait aider le SCC à élaborer une formation du personnel de première ligne sur ce sujet important. En tant que personne qui en a vécu tous les aspects, il peut offrir sa perspective unique et précieuse. 

 

Aujourd’hui, Kat est plus confiant, heureux et émotionnellement stable qu’avant sa transition. Nous ne pourrions pas être plus heureux pour lui et le remercions d’avoir partagé son histoire personnelle avec nous. 

Date de mise à jour :

Commentaires

Cindy Jensen

It is so refreshing to really start to see gender diversity come out in society now. Ever since I learned of non-binary identity I have wanted to know more about it...it is such a relief to know there is more out there then just male and female genders. I can see how it would be nice not to be pigeon-holed to either a male or female identity. Kat's story is a wonderful story!