Déployé en Haïti : Bruno Jean du SCC nous parle de son expérience

Reportages

En empruntant la route cahoteuse et poussiéreuse bordée d’abris improvisés, Bruno Jean, employé du SCC, a compris que leur chauffeur venait de prendre un très mauvais virage. Ses deux collègues, Christine Perreault et Richard Marier, du SCC et lui se trouvaient maintenant au beau milieu de la « zone rouge », un quartier animé, mais instable au centre-ville de Port-au-Prince, en Haïti, que l’on conseille aux étrangers et aux travailleurs d’éviter.
 

Débarqués de l’avion quelques jours auparavant dans la chaleur accablante de septembre, les trois collègues étaient avec raison un peu anxieux. Après tout, le véhicule utilitaire sport dans lequel ils se trouvaient n’avait rien à voir avec l’imposant véhicule blindé qui les avait amenés de l’aéroport à leur logement dans la capitale haïtienne. Tentant de rester calmes alors que le véhicule se faufilait parmi les gens qui avaient envahi la rue pour y vendre toute sorte de choses – des chèvres vivantes aux films piratés – Bruno et ses collègues ont rapidement compris que ce déploiement allait être mémorable.
 

Durant cette entrevue tout en sincérité, Bruno s’est remémoré les difficultés et parfois même les dangers dont il a été témoin en Haïti : « Évidemment, il faut être tout le temps sur ses gardes. J’y ai vu beaucoup de pauvreté, de fusils et d’autres armes. La sécurité y est très fragile. Vous vous rendez vite compte que même en dehors de la zone rouge, la violence peut éclater rapidement. »
 

Le déploiement
 

Bruno a été étonné qu’on lui offre ce déploiement en Haïti puisqu’il n’était au SCC que depuis le printemps 2013. Il a toutefois éprouvé une grande fierté d’avoir été choisi pour représenter le SCC sur la scène internationale. S’installant confortablement sur sa chaise, Bruno sourit en se rappelant cette occasion qui s’est soudainement présentée à lui lors d’une journée normale au bureau.
 

« Mon patron est arrivé dans mon bureau ce jour-là en me disant “Salut Bruno, j’arrive d’une réunion avec le commissaire et il souhaite t’envoyer en mission en Haïti”. J’ai répondu “Oh!” Je me suis ensuite retrouvée autour d’une bouteille de vin avec ma femme à nous demander ce que cela signifiait exactement et si j’allais accepter. Je me sentais certainement très privilégié que le commissaire me demande de réaliser cette mission. »
 

L’expertise de Bruno en planification stratégique et ses années d’expérience dans la fonction publique fédérale étaient exactement ce que l’on recherchait pour la mission en Haïti puisque son mandat serait de diriger et d’aider les autorités correctionnelles haïtiennes.
 

« Mon travail consistait à les aider à gérer leur service et, plus particulièrement, à mettre au point un plan stratégique quinquennal. »
 

Même si Bruno était déployé sur l’île pour travailler avec les agents correctionnels, il a vu son mandat être élargi et a aidé la Police nationale d’Haïti à élaborer son propre plan stratégique pour l’avenir. Bruno a accepté volontiers cette nouvelle responsabilité la voyant non seulement comme une possibilité d’offrir sa solide expertise en planification stratégique, mais également comme une occasion de jeter les bases essentielles d’une collaboration future entre les autorités correctionnelles et la Police nationale d’Haïti.
 

Témoignage de respect
 

Lorsque je lui ai demandé de me parler du moment le plus mémorable de son déploiement, Bruno s’est tourné vers la chemise impeccable de l’uniforme suspendue derrière la porte de son bureau.
 

« J’étais très heureux de participer à l’inauguration officielle de la nouvelle prison pour femmes à Cabaret, en Haïti. Les Américains et nous – les trois Canadiens – en étions responsables. Nous avons assisté à la cérémonie pour témoigner notre respect et notre coopération. Nous nous sommes présentés en uniforme international officiel pour la première fois. Cela a semblé avoir un effet considérable sur la foule. Beaucoup sont venus nous voir et nous ont dit être très heureux que nous portions l’uniforme en signe de respect. C’était un moment de fierté pour nous tous. »
 


Défis et possibilités
 

Parmi les problèmes les plus répandus en Haïti, Bruno souligne l’augmentation rapide de la population carcérale, les améliorations requises dans les infrastructures et les lacunes sur le plan législatif. L’incapacité à remédier aux dégâts causés aux infrastructures par le violent tremblement de terre de 2010 est également un défi pour le service correctionnel haïtien.
 

« Il ne reste que les anciennes prisons militaires, et ces infrastructures sont vieillissantes. Elles ne sont pas adaptées à la réhabilitation des délinquants. De plus, comme le système juridique ne fonctionne pas à pleine capacité, plus de 70 % des détenus sont en détention provisoire avant le prononcé de la peine. »

 

« Où j’étais affecté, ils pouvaient accueillir 2 700 détenus, et la norme des cellules était de 2,5 m2, alors que les normes internationales sont de 4,5 m2. En réalité, il y avait 11 600 prisonniers. Il est difficile de voir un service fonctionner dans de telles conditions. C’est un défi colossal. »
 

Malgré les obstacles, Bruno jette un regard optimiste sur l’avenir du service correctionnel d’Haïti, et ce, essentiellement en raison du travail effectué par le Canada et le SCC dans ce pays.
 

« Le côté positif est que le Canada y est présent depuis un bon bout de temps et que les Canadiens y ont acquis une excellente réputation. Aussi, les liens qui unissent les deux pays sont forts. Lorsque nous nous rendons là-bas, nous n’avons pas besoin de les convaincre de l’efficacité du modèle correctionnel canadien. Ils le voient comme un exemple à suivre. C’est encourageant. »
 

Fier du SCC
 

En écoutant Bruno parler de son expérience en Haïti et décrire quelques-unes des photos qu’il a prises, j’ai été frappé par son enthousiasme contagieux non seulement pour les initiatives comme la mission en Haïti, mais également pour tout le travail du SCC. Sa fierté et sa motivation sont devenues encore plus évidentes lorsque je lui ai demandé ce qui incitait un cadre de la fonction publique avec son expérience à demeurer au SCC.
 

« J’aime cet organisme pour de nombreuses raisons, notamment pour son mandat et ce qu’il fait pour la société. Cet organisme vaste et complexe se trouve dans toutes les régions du pays et traite avec toute sorte de personnes. J’aime vraiment cet aspect, indique Bruno en souriant. J’ai travaillé dans de nombreux ministères et organismes gouvernementaux, et je peux vous dire qu’il s’agit de ma meilleure expérience jusqu’à maintenant. Le SCC est un organisme mature et complexe qui occupe un créneau dans la société canadienne que peu de gens ont l’occasion de voir. De plus, le SCC possède un mandat clair et je crois que c’est ce qui rend mon travail agréable. Avec mon expérience, je sais que le SCC est un excellent organisme et je suis heureux d’en faire partie. »
 

Des liens à entretenir
 

Pendant l’entrevue, il était évident que le séjour en Haïti de Bruno a été très enrichissant. Pour lui, la mission en Haïti s’est poursuivie au-delà des six mois passés dans ce pays. Ses collègues et lui ont tissé des liens précieux et durables entre eux et avec des agents haïtiens qu’ils ont côtoyés. De plus, Bruno continue d’aider ses collègues à l’administration pénitentiaire et de collaborer avec eux. S’il le pouvait, il retournerait en Haïti.
 

« Oui, j’y retournerais et, demain, je vais leur parler sur Skype. C’est pourquoi j’ai apporté mon ordinateur portable aujourd’hui. J’ai pris l’initiative de continuer à les conseiller, parce qu’il est impossible de ne pas s’attacher lorsque de bonnes personnes demandent votre aide. Je peux le faire alors pourquoi pas? Comme j’y ai passé six mois, je connais leur situation et leurs défis. Je peux continuer à les aider, alors je le fais. »
 

J’ai compris à ce moment que c’est de cette façon que nous pouvons laisser notre marque ailleurs. Ce n’est pas en débarquant dans un pays pour une période fixe, en appliquant strictement les paramètres de la mission et en partant lorsque la mission est terminée qu’on y parvient. En fait, c’est plutôt le contraire. Mille mercis à Bruno, Christine et Richard pour leur travail exceptionnel en Haïti.

 

Date de mise à jour :

Commentaires

cussonjf

Texte super intéressant. Je serais curieux de voir la perception des autres participants en fonction de leur expertise. Avec la présence de Mme Perreault (Directrice régionale des services de santé) , qu'en est-il des enjeux liés à la santé? Même chose du côté de M. Marier et des enjeux opérationnels. Une suite est-elle à venir? Merci.