Acquisition de compétences grâce au programme d’apiculture de CORCAN

En 2018, CORCAN a lancé une initiative d’apiculture dans le cadre de son programme d’emploi et d’employabilité à l’occasion de la réouverture des fermes pénitentiaires des établissements de Collins Bay et de Joyceville.

Le programme a démarré avec deux ruches, mais est passé à 20 ruches (10 à chaque établissement) en 2019. En participant à cette initiative, les délinquants acquièrent des compétences techniques et essentielles à l’obtention d’un emploi dans la collectivité après leur libération.

Tom était l’un des participants au programme en 2019 et réside désormais dans la collectivité. Il a suivi le programme à l’Établissement de Joyceville et affirme que cela a changé sa vie.

Avant sa condamnation, Tom avait parlé d’apiculture avec sa petite amie, car ils sont tous deux amoureux des animaux et de la nature. Des amis qui fermaient leur rucher leur avaient donné quelques ruches et du matériel apicole.

« Mais, à vrai dire, nous ne l’aurions probablement jamais fait. C’était juste quelque chose en veilleuse », a déclaré Tom.

Alors qu’il était incarcéré à l’Établissement de Joyceville, il a entendu parler de l’atelier d’apiculture de deux jours et du programme d’apiculture de dix semaines proposés dans le cadre du programme agricole de CORCAN. Il s’est immédiatement inscrit.

« J’ai suivi l’atelier et j’ai été tout à fait épaté par le matériel, les renseignements et la fascination que les abeilles exerçaient sur moi », a-t-il expliqué. « J’ai téléphoné à ma petite amie et je lui ai dit que c’était quelque chose sur laquelle elle devait se pencher, parce que c’est un projet auquel nous pourrions travailler ensemble. Quelque chose de concret. Elle a donc suivi le cours du collège Algonquin et j’ai suivi le mien pendant mon incarcération, et nous comparions nos notes à la fin de la journée. »

Tom a expliqué qu’il avait aimé pouvoir travailler à un projet avec sa petite amie pour la première fois dans leur relation.

« C’était quelque chose que je pouvais envisager de faire non seulement tout seul, mais aussi avec ma partenaire. »

« Le cours était fascinant, le professeur était formidable », a-t-il déclaré. « Quand j’ai appris à connaître les abeilles et à quel point elles sont intelligentes, comment elles communiquent, et simplement la façon dont elles travaillent ensemble comme un superorganisme, c’était inspirant. »

Chaque semaine, Tom a rencontré des instructeurs et des animateurs dans le cadre de séances portant sur la biologie des abeilles, les pratiques agricoles, les facteurs environnementaux liés à la santé des abeilles et des leçons générales sur l’apiculture.

« J’ai pu travailler avec les abeilles tous les mercredis pendant un an. J’ai pu travailler avec elles dès l’installation des ruches. J’ai aidé à installer de nouvelles abeilles et je les ai regardées grandir. J’ai travaillé avec elles jusqu’à l’automne, puis j’ai aidé à la récolte du miel. »

Au fil des semaines, l’engouement de Tom pour l’apiculture allait croissant.

« Le cours nous apprend à prévoir ce que les abeilles vont faire. On apprend à devancer les abeilles. Vous devez être capable de prévoir le nombre d’œufs qui vont éclore et de déterminer si vous avez assez de place pour les nouvelles abeilles, et vous devez savoir si la reine va essaimer (quitter la ruche, ce qui n’est pas une bonne chose). Vous apprenez à prendre en compte des éléments tels que l’emplacement, la météo et l’approvisionnement en nourriture pour les abeilles. »

Kevin Hansen, instructeur en agriculture de CORCAN, a aidé à mettre en œuvre le programme d’apiculture. Il se souvient bien de Tom.

« Tom a été présent pendant tout le cycle. Il a aidé à préparer les abeilles au printemps, à les entretenir et à les contrôler régulièrement pendant les mois d’été, puis pendant les mois des récoltes », a expliqué Kevin.

Kevin, qui, avec sa femme, pratique l’apiculture depuis une quinzaine d’années, se souvient surtout de l’enthousiasme de Tom à l’égard du programme.

« Tom était un excellent étudiant, très enthousiaste. Il n’a jamais manqué un jour. Il a aidé à recruter des personnes pour le programme apicole. Il travaillait bien en équipe. Il était très calme autour des abeilles et il travaillait bien avec elles », s’est souvenu Kevin.

Kevin attribue le succès du programme à des détenus comme Tom qui se sont intéressés à l’apiculture.

« Sans l’aide de gens comme Tom et d’innombrables autres détenus, un tel programme n’aurait jamais été possible », a déclaré Kevin.

À l’issue du programme, l’instructeur a remis un certificat d’achèvement aux délinquants participants, dont certains d’entre eux ont également obtenu un certificat professionnel du Collège Algonquin.

L’objectif du programme d’emploi et d’employabilité des délinquants est d’aider ces derniers à acquérir des compétences techniques, transférables et essentielles leur permettant de trouver et de conserver un emploi après leur libération.

Outre les compétences particulières qu’il a acquises dans le cadre du programme, Tom affirme que le travail avec les abeilles lui a beaucoup appris sur la vie.

« Je pense que la plus grande chose que j’ai apprise est la patience. »

« L’élevage d’abeilles peut nous apprendre tellement de choses sur la vie — comme le fait qu’aucune abeille ne peut survivre seule — elle doit faire partie de la communauté; chaque abeille a son propre rôle et son propre travail. Même si elles sont 60 000 dans une ruche, aucune d’elles ne peut survivre seule; elles doivent appartenir à la communauté.

« Cela apprend aux gens la gratification différée. Parce que si vous voulez quelque chose des abeilles, vous devez les traiter avec respect, être patient et attentif, et bâtir une relation avec elles pour ensuite être récompensé par du miel! »

Comme pour tout bon passe-temps, la communauté apicole est composée de nombreuses personnes passionnées et accueillantes, ce qui, selon Tom, est très important pour la réinsertion sociale des délinquants.

« Il y a une communauté croissante d’apiculteurs — clubs, sociétés et associations partout — qui sont si accueillants lorsque les détenus retournent dans la collectivité. »

Il pense également qu’il s’agit d’une excellente possibilité pour d’autres gens.

« Si ces gens peuvent suivre le cours et devenir apiculteurs, cela leur donne un espoir réel, absolu et concret. Cela les rend impatients de partir. Ils ne pensent pas que lorsqu’ils sortiront, ils se retrouveront à la casse. Ils se disent qu’ils vont devenir apiculteurs. »

Depuis la libération de Tom, l’initiative d’apiculture dans les deux établissements du Service correctionnel du Canada (SCC) en Ontario a pris de l’ampleur et comprend maintenant 34 ruches. Récemment, l’Établissement de Stony Mountain au Manitoba a lancé un troisième programme avec l’aide de CORCAN et grâce aux connaissances acquises en Ontario.

L’agente de libération conditionnelle de Tom, Dalila Boukhaloua, dit avoir constaté chez lui d’énormes progrès tout au long de ses presque deux années de libération. Tom a récemment atteint la fin de sa peine.

Tom ne sait pas ce que l’avenir lui réserve, mais il prévoit de poursuivre sa nouvelle passion pour l’apiculture.

Comme le dit Tom, « CORCAN et le SCC m’ont offert le cadeau le plus constructif que j’aurais pu demander. »

CORCAN est un organisme de service spécial au sein du SCC qui est responsable du programme d’emploi et d’employabilité des délinquants. Pour vous renseigner davantage sur CORCAN et sur les différentes interventions auprès des délinquants et les services qui leur sont offerts afin de favoriser leur réinsertion sociale, suivez le lien ci-dessous.

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