Conception de l’insigne du SCC : Source de fierté depuis des décennies

Par : Dave St. Onge et Peter Ruttan

Dans les années 1970, le système de justice pénale du Canada connait une réorganisation massive. Le changement le plus profond est sans doute la fusion du Service canadien des pénitenciers et du Service national des libérations conditionnelles (il ne s’agit pas de la même organisation que la Commission des libérations conditionnelles du Canada actuelle) dans le but de favoriser la continuité de la planification correctionnelle. À l’automne 1977, la fusion est terminée et, pendant une courte période, le nouvel organisme est connu sous le nom de Service fédéral de correction.

Donald R. Yeomans, qui est alors commissaire aux services correctionnels, est conscient qu’il faut complètement redéfinir l’identité de l’organisme pour remonter le moral de son personnel.

L’insigne, utilisé dans les pénitenciers du Canada depuis plus d’un siècle, est alors très simple. Il s’agit d’une étoile à huit pointes surmontée d’une couronne ayant en son centre une feuille d’érable, symbole du Canada. Sur l’anneau qui entoure la feuille est inscrit « Pénitenciers Canada », ou « Penitentiaries Canada » dans la version anglaise. Dans les années 1970, l’insigne n’est plus fait de laiton frappé, mais de plastique anodisé.

Le commissaire Yeomans estime qu’un organisme de cette importance mérite mieux.

Deux insignes en plastique du Service canadien des pénitenciers.

L’insigne de casquette en plastique du Service canadien des pénitenciers dans les années 1970.

Conception d’un nouvel insigne

En 1978, le commissaire demande à la résidence du gouverneur général (Rideau Hall) de l’aider à concevoir un insigne pour le nouveau Service. Un comité de conception est mis sur pied; il est constitué de cadres supérieurs du Service fédéral de correction et de conseillers de la résidence du gouverneur général. M. Carl Lochnan, directeur, Distinctions honorifiques, à la résidence du gouverneur général, devient le conseiller principal pour ce qu’on appelle le projet de représentation du Service (« Service Identification Project »).

Ce comité de conception est convaincu que la création d’une nouvelle identité organisationnelle doit être un processus largement consultatif, et le personnel de tout le pays a l’occasion de donner son avis. On décide d’intégrer en un seul insigne le nom de l’organisme dans les deux langues officielles.

Au milieu de 1978, M. Lochnan avait dessiné sept propositions de modèle. Les croquis comportent une « gloire », qui ressemble à « des rayons de lumière émanant symboliquement d’une étoile ou du soleil ». Tous les modèles, sauf deux, comprennent des clés, en raison du rôle important qu’elles jouent dans les établissements correctionnels. Six d’entre eux comportent une feuille d’érable.

Quatre variantes des insignes que M. Lochnan avait dessinés,

Au centre d’un des modèles figure une tourelle. Elle ramène aux insignes de grade en laiton que les fonctionnaires de pénitencier portaient sur leurs épaulettes à partir des années 1930 et rappelle les tours de garde des anciens établissements.

la conception de l’insigne avec une tourelle au centre de l’emblème. Les mots « Service correctionnel du Canada » sont enveloppés le long du bas de l’insigne.

Parmi les modèles proposés figure également un phénix mythique émergeant des flammes. Une note écrite au verso explique que le phénix symbolise « le fait d’émerger du passé vers un avenir meilleur ou plus radieux ».

design de badge avec un phénix surgissant des flammes au centre de l’emblème.

En novembre 1978, le Comité permanent de la justice et des questions juridiques a la possibilité de voir les sept propositions.

Le commissaire Yeomans raconte plus tard que le sous commissaire principal John Braithwaite avait suggéré l’utilisation d’une torche pour symboliser l’espoir et les orientations, et d’une clé pour représenter à la fois l’incarcération et la liberté ultime.

Une version antérieure de l’insigne du SCC, avec une feuille d’érable au centre de l’emblème. Les mots « Service correctionnel du Canada » sont enveloppés le long de l’insigne.

Version préliminaire de l’insigne du SCC, dans laquelle le panneton est orienté vers le bas.

Ces deux éléments ont été intégrés à la septième image, qui a été choisie comme modèle de base.

Sélection du nouvel insigne

Après de nombreuses consultations et de nouvelles modifications, le nouvel insigne commence à prendre forme.

insigne arborant la feuille d’érable au centre ainsi que deux clés qui se croisent vers le haut.

À l’automne 1978, on s’entend sur la version finale. M. Lochnan dit l’avoir montrée aux gestionnaires du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et avoir obtenu une réaction favorable et enthousiaste.

Le nouvel insigne est constitué d’une étoile à six pointes et de rayons de soleil, d’un anneau vert liséré d’or, surmonté de la couronne, où est inscrit : Correctional Service, Service correctionnel. Au centre, une clé et un flambeau d’or sont entrecroisés sous une feuille d’érable stylisée. La pointe inférieure de l’étoile est recouverte d’un ruban vert portant la devise latine Futura Recipere, qui signifie « Saisir l’avenir ». La clé représente la fonction de garde du service pénitentiaire, tandis que la torche symbolise la formation, les orientations et le régime de libération conditionnelle.

Le 28 décembre 1978, le commissaire Yeomans approuve de sa signature le modèle de l’insigne à partir d’un rendu de haute qualité peint par Carl Lochnan. L’étape suivante consiste à obtenir l’approbation de la reine. En mars 1979, après avoir consulté le solliciteur général, le Secrétariat du Conseil du Trésor et le secrétaire d’État du Canada de l’époque, on décide que le nom officiel du Service deviendra Le service correctionnel du Canada/The Correctional Service Of Canada. Ce changement est pris en compte dans le modèle de l’insigne qui indique maintenant : Correctional Service Canada.

Le 29 mars 1979, le solliciteur général Jean-Jacques Blais soumet le modèle à l’examen d’Edward Schreyer, le gouverneur général du Canada, et lui demande de le présenter à Sa Majesté la reine Elizabeth II. Le 10 avril 1979, la reine Elizabeth regarde le modèle, appose sa signature d’approbation et renvoie le document à Ottawa.

le document d’approbation encadré, accroché au mur à côté d’un uniforme du SCC. Le nouvel insigne, qui apparaît sur un uniforme, porte les mots « Service correctionnel du Canada » et « Futura Recipere ».

L’original encadré du rendu du modèle, approuvé par Sa Majesté la reine Elizabeth II et le commissaire Donald R. Yeomans, qui est exposé au Musée pénitentiaire du Canada, à Kingston.

Dévoilement du nouvel insigne

Le mercredi 1er août 1979, Allan Lawrence, le solliciteur général, inaugure officiellement l’Établissement de Kent, à Agassiz, en Colombie-Britannique. À cette occasion, il dévoile le nouvel insigne du SCC. Dans son discours, il déclare ce qui suit : « Pour aider à créer un esprit de corps et comme symbole du nouveau Service correctionnel du Canada, j’ai le plaisir et l’honneur d’annoncer aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire du Service, l’approbation de son nouvel insigne par Sa Majesté la reine Elizabeth II. »

« Pour saluer les efforts déployés chaque minute de chaque heure de chaque jour par les membres du Service correctionnel du Canada en vue d’assurer la protection de la société qu’ils servent et d’offrir de l’espoir et des occasions aux délinquants avec lesquels ils travaillent, c’est avec grand plaisir que je dévoile le nouvel insigne du Service correctionnel du Canada. »

Il dévoile ensuite l’insigne et remet le premier insigne de casquette au commissaire Yeomans.

Le nouvel insigne, qui apparaît sur un uniforme, porte les mots « Service correctionnel du Canada » et « Futura Recipere ».

Près de 30 ans plus tard, soit en 2008, l’Autorité héraldique du Canada (qui relève du gouverneur général du Canada) recommande au SCC d’entreprendre le processus de concession des armoiries pour faire réapprouver l’insigne et les armoiries par Sa Majesté. Cette démarche est nécessaire, car il y a une couronne au sommet de l’insigne, qu’on appelle le cimier. Peter Ruttan, chef du Protocole au SCC, s’efforce d’obtenir l’enregistrement officiel des armoiries du SCC (insigne et drapeau). Le processus fait appel au langage coloré de l’héraldique, et les armoiries sont peintes et calligraphiées à la main et rematricées numériquement dans divers formats électroniques. M. Ruttan apporte une légère modification à l’insigne, en inversant l’ombrage de la pointe inférieure de l’étoile.

Comme Sa Majesté avait déjà approuvé le modèle de l’insigne en 1979, il ne lui reste plus qu’à examiner le nouveau dessin. Le 23 novembre 2009, le commissaire de l’époque, Don Head, le ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, et le Héraut d’armes du Canada, Claire Boudreau, dévoilent la nouvelle pièce héraldique au Musée canadien de l’aviation à Ottawa, lors d’une cérémonie marquant le 30e anniversaire du SCC.

L’œuvre est maintenant exposée de chaque côté des portes de la salle de conférence de la commissaire, au neuvième étage de l’administration centrale à Ottawa. L’insigne et le drapeau sont aussi présentés sur :

Quarante-trois ans après l’approbation du modèle initial par la reine, on peut toujours voir l’insigne sur les casquettes et les uniformes des agents, symbole de leur fierté pour le travail qu’ils accomplissent dans le domaine correctionnel.

 

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