Récit de Tamara Carley

Reportages

Tamara Carley, agente de libération conditionnelle à l’Établissement de Beaver Creek, se rappelle encore du premier dossier qu’elle a eu à examiner. Un père avait tué sa femme devant ses deux enfants, un bébé et une jeune enfant. Dans le dossier, il y avait un dessin de l’événement que la fillette avait fait pour le procès. Encore aujourd’hui, Tamara peut dire sur quel type de papier il avait été esquissé, à quoi il ressemblait et les sentiments qu’il avait soulevés chez elle. Il ne s’agit que d’une expérience parmi tant d’autres qu’elle a vécues au cours de sa carrière de 18 ans au SCC et qui ont touché Tamara et sa santé mentale.

 

« Personne ne m’a jamais dit dans quoi je m’embarquais avec cette carrière, a-t-elle déclaré. J’étais jeune, j’étais nouvelle et je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je ne me suis jamais sentie prête à affronter ce que ce genre de travail peut causer et je ne savais pas ce que je devais faire pour renforcer ma résilience à cet égard. »

 

Tamara a reçu un diagnostic de trouble de l’anxiété, de trouble panique et de trouble de stress post‑traumatique (TSPT) découlant de son travail au SCC. Ces troubles sont attribuables non pas à un seul événement, mais plutôt à une combinaison de plusieurs événements difficiles qui l’ont troublée, en plus d’un environnement de travail dans lequel elle doit être constamment sur ses gardes.

 

« Travailler ici, c’est comme travailler dans un monde différent, a-t-elle dit. Vous passez la plupart de vos journées dans l’établissement, ce qui est complètement différent de toute autre expérience. Vous devez être très vigilant par rapport à ce qui se passe autour de vous, car votre sécurité peut être compromise à tout moment. C’est un poids que vous devez porter sur vos épaules. C’est comme si vous transportiez un sac de roches, que ce sac devenait de plus en plus lourd, que vous vous en rendiez compte seulement une fois qu’il est trop lourd et que vous vous écroulez. »

 

Tamara en était à sa 16e année de carrière quand elle s’est finalement écroulée. Son frère s’était suicidé. Elle était aux prises avec des problèmes personnels à la maison. Et son travail était difficile pour un certain nombre de raisons, y compris le travail lui‑même et une relation tendue entre le personnel et la direction. Le poids était simplement trop lourd à porter. Elle a pris un congé lié au stress pendant deux ans pour régler les symptômes avec lesquels elle vivait.

 

Elle ne dormait pas et ne mangeait pas. Elle était aux prises avec un trouble anxieux débilitant. Elle était constamment irritable avec ses proches et avait des troubles matrimoniaux. Il était devenu si difficile pour Tamara d’aller travailler que, lorsqu’on lui demandait d’attendre entre deux portes à l’entrée de l’établissement, pratique courante pour que les employés puissent recevoir leur équipement et que tout soit vérifié aux fins de sécurité, elle subissait des attaques de panique. Elle tremblait et suait de façon incontrôlable, son rythme cardiaque s’accélérait, ses bras devenaient engourdis et elle sentait qu’elle allait s’évanouir. Le sentiment qu’elle éprouvait de ne pouvoir fuir son environnement était trop intense.

 

« J’étais assise dans le bureau du médecin et ça m’a frappée. C’est comme si la lumière s’était faite. Je me suis dit : “Mon Dieu, je suis dépressive et anxieuse.” Quand j’ai vu le médecin, je me suis effondrée, et elle m’a immédiatement mise en arrêt de travail. Enfin, je comprenais que je ne devenais pas folle. J’ai perçu qu’il y avait peut‑être encore de l’espoir dans mon cas. »

 

Néanmoins, cela n’a pas été facile pour Tamara. Son mariage a officiellement pris fin. Elle a continué à élever ses enfants, allant les conduire au hockey et aux cours de danse et en faisant tout le reste, alors qu’elle pouvait à peine sortir du lit le matin.

 

« Je me souviens de m’être assise dans le coin sombre de ma salle de bain, souhaitant que le monde prenne fin. Je ne pouvais pas me convaincre du fait que j’avais trois enfants en santé et que j’allais m’en sortir. Il n’y avait pas de lumière au bout du tunnel. »

 

Heureusement, les médicaments de Tamara ont commencé à agir, et elle est devenue beaucoup plus stable. Aujourd’hui, elle s’appuie sur un groupe de soutien composé de membres de sa famille et d’amis quand elle vit des jours difficiles. Elle est de retour au travail, mais éprouve encore des difficultés de temps à autre. Le travail n’est pas plus facile. Les dossiers sont toujours aussi difficiles. L’établissement est encore un endroit où la sécurité de quiconque peut être compromise à tout moment. Pour certaines personnes, cette situation est correcte, mais pour d’autres, cela peut être stressant et épuisant. Tamara est une de ces personnes. Elle a trouvé des façons de s’adapter à la situation.

 

« J’ai appris à recourir beaucoup plus à la compartimentation, a-t-elle mentionné. Je surveille la charge de travail que j’accepte et je prends du recul quand c’en est trop. On a aussi accepté que je travaille de la maison une journée par semaine. Je prends encore des médicaments, et ça va bien. Je prends soin de moi‑même en faisant de l’exercice, en mangeant bien et en dormant suffisamment. Je participe encore à des séances de counseling quand j’en ai besoin. C’est un processus continu. Je n’arrêterai jamais de faire ces choses parce que je ne le peux pas. C’est ce dont j’ai besoin pour passer à travers les journées. »

 

Tamara fait part de son histoire dans l’espoir que cela aidera d’autres personnes à en faire de même. Elle sait qu’elle n’est pas la seule à avoir des difficultés et souhaite que ceux et celles qui souffrent en silence en parlent. Que ce soit un collègue en qui vous avez confiance, un être cher, votre médecin ou un membre du personnel du Programme d’aide aux employés, elle vous encourage à obtenir l’aide dont vous avez besoin.

 

« Si vous avez besoin d’aide, il y a des solutions. N’ayez pas peur de la stigmatisation. Je combats la stigmatisation tous les jours, et ensemble nous pouvons la vaincre. Les maladies mentales sont comme les autres maladies. Une personne ayant le diabète ou un problème cardiaque peut parler ouvertement de ses problèmes, et il est temps que nous puissions faire de même pour les maladies mentales. »

 


Pour de plus amples renseignements sur cet important sujet, rendez-vous sur la page InfoNet touchant les atteintes à la santé mentale en milieu de travail, où des ressources vous sont aussi accessibles.

 

 

 

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