L’épanouissement par l’écriture

De gauche à droite : L’enseignante de mathématiques Barbara Jakubiec, le directeur adjoint de Centre-Établissement de Donnacona Joël Garneau, l’enseignante de français Geneviève Pelletier, la conseillère pédagogique Marie-Josée Tessier, la vice-présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement et responsable du concours Ma plus belle histoire Brigitte Bilodeau, l’auteur et poète David Goudreault, l’enseignante de français et instigatrice du concours Ma plus belle histoire à l’Établissement de Donnacona Maude Proulx.

Par Maude Proulx, enseignante de français à l’Établissement de Donnacona

Dans le but d’encourager les élèves de l’Établissement de Donnacona à écrire en dehors du cadre scolaire, je les ai invités à participer au concours d’écriture Ma plus belle histoire, destiné aux adultes en formation de partout au Québec.

Les consignes sont simples : rédiger un texte de 500 à 1 000 mots sur un sujet de leur choix. Les 50 meilleurs textes sont ensuite publiés sous forme de recueil.

Dès le départ, j’avais annoncé que si un seul élève participait, ce serait pour moi une réussite. J’ai donc été ravie que sept élèves participent au concours! De ce processus d’écriture sont nés deux récits de vie, un poème, trois textes narratifs et un témoignage. Bien que j’aie encadré la rédaction et supervisé la correction, l’authenticité et l’inspiration proviennent entièrement des élèves. D’ailleurs, tous étaient très fiers de présenter leur texte.

Au final, parmi plus de 500 textes soumis provenant de 70 endroits, trois des sept textes de l’Établissement de Donnacona ont été choisis pour figurer dans le recueil 2018-2019! Et pour ajouter à cette belle surprise, l’un d’eux s’est vu attribuer la Mention Antidote en reconnaissance du meilleur usage de la langue française!

Comme le porte-parole du concours est le romancier québécois David Goudreault, j’ai décidé de lire son premier roman aux élèves. Tous les élèves francophones l’ont aimé et même des détenus ne fréquentant pas l’école l’ont lu. Bref, le roman a circulé dans les rangées!

Voyant ce grand intérêt pour l’écriture de Goudreault, j’ai communiqué avec le président de la Fédération des syndicats de l’enseignement, l’organisme organisateur du concours, qui a fait venir David Goudreault pour animer un atelier de poésie. Six élèves y ont participé, et c’était formidable de les voir prendre des notes et écouter attentivement.

Ensuite, tous se sont mis à l’œuvre pour rédiger un poème sur une personne inspirante. Au terme de l’exercice, trois d’entre eux ont accepté de réciter leur poème devant le groupe. Quelle ne fut pas notre surprise d’entendre des poèmes magnifiques et forts de leur sens! Le jour suivant, un élève a dit : « Pendant un moment, nous avons oublié que nous étions en prison. » Ça dit tout!

En bref, ces projets auront été pour les élèves une révélation, un leitmotiv, une découverte, une réalisation, une réussite et une fierté.

Depuis :

  • des élèves ont pris goût à la lecture; ceux qui n’avaient jamais lu ou terminé un livre empruntent maintenant des romans et s’adonnent quotidiennement à la lecture;

  • des élèves ont compris le pouvoir libérateur de l’écriture; je pense à cet élève qui a décidé de poursuivre l’histoire qu’il a soumise pour le concours afin de voir s’il peut en faire un roman, ou à cet autre qui a décidé d’écrire une petite histoire pour chacun de ses enfants;

  • des élèves ont saisi l’accessibilité de la poésie et certains ont compris qu’elle pouvait être un véritable exutoire; un élève a tenu à peaufiner le poème entamé lors de l’atelier avec Goudreault, un autre explore différents styles poétiques et travaille présentement à un sixième poème. Tous sont curieux de lire les poèmes que j’affiche au mur appelé Un p’tit coin de poésie et discutent de leurs préférences et de l’interprétation qu’ils en font.

Ce projet reconnaît que les enseignants à l’éducation des adultes dans les établissements correctionnels peuvent faire une différence dans la vie des élèves au passé difficile et à la réalité complètement différente de la nôtre.

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