Les délinquants de la région du Pacifique redonnent à la collectivité dans le cadre du programme Work to Give du SCC

Reportages

Il s'agit d'un événement malheureux qui survient dans les réserves autochtones de Williams Lake, en Colombie-Britannique. Des enfants sont retirés de leur famille par le ministère du Développement des enfants et de la famille, souvent avec très peu de préavis, au beau milieu de la nuit.

 

On peine à imaginer la peur et l'incertitude que ressentent les enfants dans cette situation. Ils se demandent où ils iront et pourquoi il en est ainsi. Le ministère du Développement des enfants et de la famille tente de les apaiser en leur offrant un « sac d'amour », au moment où ils en ont le plus besoin. Il contient des effets essentiels comme une brosse à dents, du dentifrice, un pyjama ainsi qu'un singe chaussette en peluche pour les réconforter.

 

Ce que les enfants ignorent toutefois, c'est que leur singe chaussette a été fabriqué par des délinquants sous responsabilité fédérale. Bon nombre de ces délinquants ont vécu des expériences similaires lorsqu'ils étaient jeunes, quittant des foyers brisés pour se rendre en famille d'accueil. Ils fabriquent les singes dans le cadre du programme Work to Give, issu d'un partenariat entre le SCC et la Punky Lake Wilderness Camp Society, qui offre aux délinquants une occasion d'emploi utile et qui leur permet de développer leurs aptitudes, d'utiliser les compétences qu'ils ont acquises dans le cadre de programmes et de redonner aux collectivités dont ils sont issus et où ils comptent retourner.

 

Sarah Jackman est la directrice exécutive de la Punky Lake Wilderness Camp Society, un organisme à but non lucratif qui appuie la prévention du crime à l'aide de programmes de déjudiciarisation à l'intention des jeunes Autochtones, afin d'éviter qu'ils ne fassent fausse route. Elle sert d'intermédiaire entre les établissements du SCC qui prennent part au programme (Établissement Mountain, Établissement du Pacifique, Établissement de Mission, Village de guérison Kwìkwèxwelhp, Établissement de Kent, Établissement William Head et Établissement de Matsqui) et les collectivités qui en bénéficient.

 

« L'influence qu’exercent ces délinquants dans nos collectivités est majeure, dit-elle. Les singes chaussettes sont l'un des nombreux articles qu'ils fabriquent pour nous. Ils font une véritable différence auprès des gens dans le besoin. »

 

Le programme a vu le jour en 2012 lorsque des délinquants ont commencé à fabriquer des lits pour les enfants dans les réserves. Bon nombre de ces jeunes dormaient par terre ou sur un sofa. Ainsi, on a cru que si les délinquants pouvaient offrir des lits, les enfants dormiraient mieux et que cela viendrait améliorer leur assiduité à l'école, leur santé et leur qualité de vie dans l’ensemble.

 


Depuis lors, le programme s'est développé. Les délinquants fabriquent toutes sortes de meubles comme des tables de chevet, des tables, des chaises et des bureaux pour faire les devoirs. Ils construisent des tables à pique-nique, des bancs de parc ainsi que des poubelles à l'épreuve des ours pour la collectivité. Par ailleurs, ils tricotent des tuques, des mitaines et des foulards pour les enfants qui n'ont pas le nécessaire pour rester au chaud. Ils cultivent et expédient des milliers de livres de légumes biologiques frais dans des collectivités dépourvues d'épicerie. Finalement, ils fabriquent des jouets pour que chaque enfant ait quelque chose de bien à lui pour s'amuser. Comme l'explique Mme Jackman, les collectivités acceptent volontiers tout ce qu'ils peuvent fournir. Tous les produits sont livrés aux collectivités par l'entreprise T-Lane Trucking, qui met ses camions et ses employés à la disposition du programme tout au long de l’année.

 

« La réponse de ces délinquants a été remarquable, dit-elle. Ils sont prêts à tout pour donner un coup de main. Certains créent des œuvres d'art que nous vendons lors d'encans et les profits réalisés sont directement versés dans nos programmes. D'autres fabriquent des tambours afin que chaque enfant dans les groupes de percussions communautaires ait le sien. Un délinquant a même fabriqué une jolie maison de poupées à partir de restants de bois et de peinture, qui se trouve maintenant dans notre centre pour les jeunes. »

 

L'école de sciences infirmières de l'Université de la Colombie-Britannique examine l'incidence du programme Work to Give sur les collectivités et les délinquants dans le cadre d'une bourse de recherche de deux ans. Les chercheurs étudient les effets sur la santé mentale des hommes qui prennent part au programme, l'incidence sur la culture au sein des établissements participants ainsi que dans l'ensemble des collectivités. Les entrevues sont en cours de réalisation.

 

Il faudra un certain temps avant que les résultats ne soient disponibles, mais pour Harpreet Grewal, agent responsable de la prestation des programmes à l'Établissement du Pacifique, l'incidence sur les hommes concernés est sans équivoque.

 

« Bon nombre d'entre eux trouvent l’expérience très thérapeutique, dit-il. Tandis qu'ils fabriquent des articles pour les enfants, ils réfléchissent à leur propre enfance. Certains disent qu'ils auraient aimé recevoir de telles choses lorsqu'ils étaient jeunes.

 

Non seulement cela, mais ils font du coup l’acquisition de plusieurs nouvelles compétences. Ils améliorent leurs compétences interpersonnelles en travaillant avec d'autres délinquants. Ils apprennent à jouer des rôles de leadership dans le cadre de projets ainsi qu'à gérer les échéanciers pour respecter les dates de livraison dans les collectivités. Ils s'enseignent même de nouvelles aptitudes entre eux. Un détenu est très bon en sculpture et il montre aux autres comment faire. Dans l'ensemble, ils apprennent à faire preuve de compassion et de gentillesse envers les autres. »

 

Mme Jackman a également constaté ce que représente la participation à ce projet pour les délinquants.  

 

« Je leur montre des photos de petits enfants assis sur leur nouveau lit et cela les touche beaucoup, raconte-t-elle. Lorsqu'ils ont appris que les singes chaussettes ont été remis à des enfants qui venaient d'être retirés de leur famille, cela a eu un impact particulier sur eux. Cinq hommes les larmes aux eux m'ont dit "c'était moi". »

 

Puisqu'elle vit dans la collectivité, Mme Jackman peut attester des façons dont le programme touche les gens qui reçoivent les produits faits par les délinquants. Et ce n'est pas toujours comme on l’aurait cru. C'est précisément ce qui rend le programme si spécial.

 

« Ce qui me fascine, c'est que les membres de la collectivité sont non seulement reconnaissants des articles qu'ils ont reçus, mais qu'ils veulent savoir comment cela vient en aide aux délinquants. Ils veulent savoir si le programme les aide à guérir et à se sentir bien. Ainsi, nous obtenons une réaction idéale des deux côtés de cette histoire, car les délinquants veulent savoir comment se portent les collectivités et les collectivités veulent savoir comment se portent les délinquants. Cela a créé un lien que nous n'avions pas anticipé. »

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