Programme Walls to Bridges – Des étudiantes de l’extérieur collaborent avec des étudiantes de l’intérieur pour obtenir une note de passage

Pour Peter Stuart, chef de l’Éducation à l’Établissement pour femmes Grand Valley, situé à Kitchener, en Ontario, accroître l’accès des délinquantes à l’éducation postsecondaire peut changer leur vie en mieux. C’est pourquoi il est fier de participer au programme Walls to Bridges, une initiative qui réunit des étudiantes de l’intérieur et de l’extérieur de l’établissement pour qu’elles étudient et apprennent ensemble. Nous avons demandé à Peter de nous donner son opinion sur cet important programme et sur ce qu’il peut accomplir au sein du système correctionnel.

Qu’est-ce que le programme Walls to Bridges et quel est son objectif?

Le programme Walls to Bridges (W2B) fait appel à des étudiantes d’une université locale (étudiantes de l’extérieur) pour suivre des cours dans un établissement correctionnel afin d’étudier avec des étudiantes qui sont incarcérées (étudiantes de l’intérieur). Les universités couvrent le coût total du programme et toutes les étudiantes obtiennent des crédits de cours qui peuvent ensuite servir à l’obtention d’un diplôme de premier cycle.

Il a été démontré que la participation à des études postsecondaires pendant l’incarcération a une incidence considérable sur la réduction de la récidive chez les délinquants, ce qui entraîne des économies importantes pour les établissements correctionnels, les gouvernements et les contribuables. Cependant, l’objectif du programme est beaucoup plus vaste. L’idée est de créer des liens entre les personnes incarcérées et l’ensemble de la collectivité pour favoriser la compréhension et l’apprentissage.

Comment le programme W2B a-t-il vu le jour et depuis combien de temps est-il offert?

Le programme W2B a été lancé au Canada en 2009 comme élargissement du programme Inside-Out offert aux États-Unis. Il a d’ailleurs porté le nom Inside-Out jusqu’en 2014. Inside-Out a été fondé en 1995 par Lori Pompa de Temple University.

Le premier cours du programme W2B a été offert à l’Établissement Grand Valley en septembre 2011. Le cours intitulé Diversity, Marginalization, and Oppression (diversité, marginalisation et oppression) a été donné par Shoshana Pollack, professeure à la Faculté de service social de l’Université Wilfrid Laurier. Depuis 2011, le programme W2B a été mis en œuvre dans l’ensemble du Canada, et des cours ont été donnés dans des établissements correctionnels fédéraux et provinciaux, dans des établissements résidentiels communautaires et sur des campus universitaires.

À l’Établissement Grand Valley, deux ou trois cours sont offerts chaque année aux sessions d’automne, d’hiver ou de printemps. La plupart de ces cours proviennent de l’Université Wilfrid Laurier, qui est le point central du programme au pays, mais l’Établissement Grand Valley a également offert des cours de l’Université de Toronto, de l’Université de Mississauga et du Renison University College de l’Université de Waterloo. La direction de l’établissement a également discuté avec l’Université de Guelph, l’Université McMaster et l’Université Brock au sujet d’une participation possible au programme.

Comment le programme fonctionne-t-il?

Dans une classe du programme W2B, chaque participante est une étudiante universitaire qui collabore avec d’autres étudiantes pour apprendre, se stimuler mutuellement et atteindre ses objectifs de réussite. Les attentes sur le plan universitaire sont les mêmes pour toutes les étudiantes, et elles sont toutes traitées également. Bien que leur situation personnelle comporte des différences évidentes, le programme W2B se concentre sur les points communs et les expériences partagées plutôt que sur les divergences. Les groupes se composent dans une proportion égale (moitié-moitié) d’élèves de l’extérieur et d’élèves de l’intérieur, et l’on s’attend à ce que les étudiantes travaillent ensemble comme elles le feraient dans n’importe quelle autre classe. Les cours durent trois heures et ont habituellement lieu une fois par semaine pendant une session typique de dix semaines.

Quels résultats du programme considérez-vous comme étant les meilleurs? Qu’est-ce qui vous semble le plus important et digne de mention?

Le programme W2B de l’Établissement Grand Valley a donné la possibilité de faire des études postsecondaires à de nombreuses femmes qui, autrement, n’auraient pas considéré la reprise de leurs études comme une option envisageable après la mise en liberté. À l’heure actuelle, certaines femmes qui étudient dans des collèges ou des universités n’auraient pas pu le faire sans ce programme, j’en suis persuadé.

Depuis le lancement du programme à l’Établissement Grand Valley, plus de 100 femmes différentes ont obtenu plus de 150 crédits universitaires. Nous avons appris qu’une ancienne élève du programme W2B, qui avait obtenu son diplôme de premier cycle pendant qu’elle était incarcérée à l’Établissement Grand Valley, vient d’obtenir sa maîtrise en service social à l’Université Wilfrid Laurier cette année. Non seulement elle a repris sa vie en main, mais en tant que travailleuse sociale, elle aidera aussi des centaines ou des milliers d’autres personnes.

Le programme W2B ne se limite pas à la prestation de cours, il permet d’entretenir des liens avec les élèves une fois les cours terminés et de les soutenir lors de leur retour dans la collectivité. Ce soutien a grandement contribué à aider les femmes de l’Établissement Grand Valley après leur mise en liberté.

Quels sont les avantages pour les délinquantes?

En plus de leur permettre d’acquérir des crédits universitaires en vue de l’obtention d’un diplôme, le programme W2B aide les étudiantes incarcérées à gagner la confiance, l’estime de soi et l’auto-efficacité qui accroîtront leurs chances de réussite au sein de la collectivité. Le programme les aide aussi à comprendre les problèmes sociétaux qui contribuent à leur situation personnelle et à déterminer ce qu’elles peuvent faire pour s’aider elles-mêmes et aider les autres afin d’éviter de retourner dans des endroits comme l’Établissement Grand Valley.

Quels sont les avantages pour les étudiantes de l’extérieur?

Les étudiantes de l’extérieur ont l’occasion de travailler avec des personnes dont les expériences de vie et les défis sont généralement très différents des leurs. Cela leur permet d’observer un mode de vie complètement différent dans un établissement correctionnel et de comprendre la complexité des défis auxquels les personnes incarcérées sont confrontées. Les études universitaires ont pour but d’élargir les horizons d’une personne, de l’exposer à de nouvelles idées et expériences et de remettre en question ses croyances et ses perceptions préexistantes. C’est exactement ce que fait le programme W2B, probablement mieux que toute autre classe. J’entends souvent des étudiantes de l’extérieur dire qu’elles ont appris plus dans leur classe du programme W2B que dans tout autre cours qu’elles ont suivi.

Quel est l’aspect le plus gratifiant de ce programme et dans quelle mesure y participez‑vous personnellement? Pourquoi est-ce un volet important des services correctionnels?

Je suis honoré d’avoir contribué au programme W2B depuis le début. Je sais qu’en donnant aux étudiantes incarcérées un meilleur accès à l’éducation postsecondaire, je les aide à reprendre leur vie en main, en plus de contribuer à accroître la sécurité publique et à économiser l’argent des contribuables. Chaque année, une étudiante vient me voir pour me raconter comment le programme W2B a ouvert son esprit et changé sa façon de voir le monde.

Nous aimerions remercier Peter de nous avoir fait part de ses réflexions. Nous souhaitons à toutes les étudiantes bonne chance dans leurs études.

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