Récit de Ken Watt

Reportages

Il y a neuf ans, l’agent correctionnel Ken Watt de l’Établissement de Bowden avait confiance en ses aptitudes et en sa capacité à faire face à n’importe quelle situation ou n’importe quel détenu. Grâce à sa carrière de dix ans au sein des services correctionnels, il se sentait tout à fait à l’aise dans son travail. Tout a changé lorsqu’il a appris qu’un groupe de détenus avaient ordonné une attaque contre lui dans l’établissement.

 

« Ça m’a complètement anéanti, a-t-il déclaré. J’étais bouleversé. Je n’avais plus de contrôle sur mes émotions. Je craignais pour ma vie, mais j’avais aussi peur que mes collègues pensent que j’étais un agent malhonnête. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait, personne vers qui me tourner. J’étais perdu. »

 

Ken n’était pas malhonnête. Il a été victime d’un coup monté par un groupe de détenus cherchant à dissimuler les activités illicites qu’ils menaient au sein de l’établissement. Ce groupe a également déclaré que Ken avait ordonné une attaque contre un détenu et que ce dernier avait été sévèrement battu. À la suite de cette attaque, Ken a fait l’objet d’une enquête par la GRC, ce qui a été pour lui une grande source d’angoisse et d’anxiété. Sa réputation lui était très chère. Il avait le respect, la confiance et l’estime de ses collègues et était fier de son travail au sein du SCC. L’idée de perdre son poste l’accablait.

 

Ironiquement, c’est un détenu qui a sauvé la vie de Ken ce jour-là en informant un autre agent correctionnel qu’il était la cible d’un groupe de détenus. Mais le mal était déjà fait.

 

« Vous arrivez à un stade où les émotions vous submergent à tel point que vous avez l’impression de vivre une sorte d’expérience extracorporelle. Vous n’êtes plus vous‑même. Vous n’arrivez plus à comprendre ce qui se passe dans votre corps. En sortant du travail ce soir-là, je me suis demandé “Pourquoi moi? Est-ce vraiment arrivé? Je connais ces gars-là et ils me connaissent. Ce n’est pas possible.” Je pensais que j’allais perdre mon emploi, que j’allais tout perdre. Cet événement a été un élément déclencheur. »

 

Ken n’a pas travaillé pendant les trois mois suivants l’incident, utilisant ses congés de maladie et le programme d’étalement du revenu. Les symptômes avec lesquels il devait composer à la maison empêchaient son retour au travail. Il était incapable de manger ou dormir, tremblait de façon incontrôlable et souffrait de crampes qui l’empêchaient de bouger. Il a commencé à boire trop d’alcool, avait de la difficulté à respirer et ne pouvait pas accomplir des activités de base comme aller à l’épicerie par crainte d’être attaqué. Il a également été victime de crises de panique qui l’ont forcé à se rendre à l’hôpital à deux reprises. Le médecin de Ken lui a prescrit plusieurs médicaments afin d’atténuer certains symptômes, mais cette stratégie a eu plutôt l’effet inverse.

 

« Je prenais des médicaments contre l’hypertension et l’anxiété en plus d’antidépresseurs. Mon médecin continuait de me donner une foule de prescriptions pour que je puisse m’en sortir. Puis, un jour, je me suis évanoui au travail. C’est à ce moment-là que mon médecin m’a suggéré de parler à un thérapeute. »

 

Ken a reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT), d’anxiété et de dépression par suite de l’événement survenu dans le cadre de ses fonctions. Des médicaments appropriés à sa condition et ses besoins lui ont été prescrits et il continue de les prendre aujourd’hui. Il a toutefois dû faire face à plusieurs défis. En effet, les coûts liés à la thérapie et aux médicaments grimpaient rapidement. Bien que son régime d’assurance couvre une partie des frais, l’attente liée au traitement et au remboursement des réclamations mettait la situation financière de Ken à rude épreuve. Il a également eu de la difficulté à concilier ses rendez-vous médicaux et son horaire de travail, ce qu’il a décrit comme un « numéro d’acrobate ».

 

Néanmoins, grâce à des séances de thérapie et des rencontres avec un ergothérapeute, Ken a été en mesure d’acquérir les compétences dont il avait besoin pour vaquer à ses activités quotidiennes et gérer ses symptômes. Un jour, le thérapeute l’a pris par la main au Wal-Mart afin de le rassurer et lui faire comprendre que les personnes près de lui dans la file n’allaient pas lui faire de mal, lui apportant du soutien tout au long de l’expérience. Ken a appris des exercices de respiration profonde afin de contrôler ses crises de panique. Il a également commencé à méditer, à faire de l’exercice et à manger sainement, et a constitué un réseau de soutien solide formé d’amis proches et de membres de sa famille. Ken a réalisé de grands progrès et est même devenu gestionnaire correctionnel. Toutefois, il était conscient qu’il avait encore du chemin à faire et a décidé de prendre du recul afin de continuer à travailler sur sa santé mentale.

 

« J’étais conscient que, pour être juste envers les autres employés et la direction, je devais quitter mon poste. Je n’étais pas encore prêt à assumer mes fonctions. Je devais travailler avec des personnes qui me connaissaient, qui comprenaient ma situation et avec lesquelles je me sentais à l’aise. Le directeur, Dave Pelham, a été très compréhensif. Il m’a réservé le poste, m’a offert son soutien et m’a fait savoir qu’il était toujours disponible si j’avais besoin d’aide. Mais je souhaitais rester au sein du groupe des agents correctionnels. »


Il y a deux ans, au moment où la situation semblait s’améliorer pour lui, Ken a vécu une nouvelle expérience traumatisante. Il effectuait une extraction de cellule en tant que membre de l’équipe d’intervention d’urgence (EIU). Durant ce qui lui a paru durer plusieurs secondes, Ken s’est retrouvé plaqué au sol, la gorge du détenu appuyée contre son masque. Le détenu en question avait un passé violent; aux yeux de Ken, tout était fini.

 

« Pendant cette fraction de seconde durant laquelle il était sur moi, le temps s’est arrêté. J’ai cru qu’une année s’était écoulée. Je vous le jure, je me suis dit “Ça y est, il m’a eu.” Incapable de bouger, j’ai abdiqué. J’ai fait la paix avec Dieu et j’ai accepté le fait que mon heure était venue. Encore une fois, j’avais l’impression d’être à l’extérieur de mon corps. »

 

Grâce à ses collègues de l’EIU, Ken s’est sorti de cet incident avec seulement des ligaments et des tendons déchirés, une cheville foulée et une commotion cérébrale. Toutefois, cet événement a rapidement entraîné des répercussions sur la santé mentale de Ken qui se sont révélées beaucoup plus douloureuses que les dommages corporels.

 

« J’étais très anxieux, nerveux, je ne mangeais pas bien et je ne prenais pas soin de moi. Je préférais être seul et je repoussais mes proches. Je faisais face à la même situation, a-t-il déclaré. Je savais que j’avais besoin de l’aide d’un conseiller, car j’avais des pensées violentes et je voulais faire du mal à quelqu’un. J’avais désespérément besoin d’aide, j’avais peur des actions que je pourrais poser. »

 

Lorsque Ken a rencontré un psychologue, il se souvient qu’il ne sentait plus ses jambes tellement il était nerveux. Toutefois, les paroles du psychologue allaient faire toute la différence.

 

« Il m’a dit “Vous n’êtes pas fou. Vous êtes atteint d’un TSPT. Vous êtes en train de revivre l’incident que vous avez vécu et vous ne savez pas comment gérer vos sentiments à ce sujet.” Il m’a assuré que ce que je ressentais est normal dans ce genre de situations et c’était une réaction légitime à un événement traumatique incompréhensible. »

 

Aujourd’hui, Ken continue de gérer ses symptômes. Il prend des médicaments et utilise au quotidien les compétences qu’il a apprises dans le cadre de ses rencontres avec des thérapeutes. Il fait part de son histoire autant que possible afin de dire aux autres qu’ils ne sont pas seuls.
 

« Les personnes qui admettent avoir un problème de santé mentale au sein du SCC sont souvent victimes de préjugés, a-t-il affirmé. Vous êtes censé avoir un moral d’acier et être imperméable à ce que vous voyez ou à ce qui vous arrive. Depuis que j’ai fait part de mon histoire, je me suis rendu compte que je ne suis pas seul. Je ne suis pas le seul qui vomissait avant d’aller travailler. Je ne suis pas le seul qui ne pouvait pas aller travailler, paralysé par l’anxiété. Je sais que d’autres personnes cachent leurs sentiments et je veux qu’elles sachent qu’il suffit de demander de l’aide pour en recevoir. Je tiens à leur dire que les choses peuvent s’améliorer. »

 

Ken souhaiterait créer un groupe de soutien pour les employés du SCC travaillant à l’Établissement de Bowden ou dans les environs. Si vous êtes intéressé, il sera heureux de recevoir vos courriels ou vos appels.

 


Pour de plus amples renseignements sur cet important sujet, rendez-vous sur la page InfoNet touchant les atteintes à la santé mentale en milieu de travail, où des ressources vous sont aussi accessibles.

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