Témoigner de la solidarité envers les survivants des pensionnats – un cœur orange à la fois

Lorsqu’Eva Goldthorp a posé un cœur en papier orange sur la fenêtre de son salon à Chilliwack, en Colombie-Britannique, elle était loin de se douter que des centaines de cœurs orange seraient bientôt accrochés aux fenêtres de tout le Canada.

 

« Tout a commencé de façon assez banale, puis tout a explosé », explique Eva, qui était alors en congé de maternité et occupait le poste d’assistante commerciale chez CORCAN à l’Établissement de Matsqui.

 

Après avoir appris la nouvelle de la découverte de 215 tombes d’enfants sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, le mari d’Eva, qui est Autochtone, lui a suggéré de fabriquer un cœur orange pour l’afficher sur leur fenêtre en signe de solidarité envers les familles autochtones qui doivent souffrir de ce constat.

 

« C’est là que tout a commencé. J’en ai fait un pour notre fenêtre, et tout le monde en voulait un », dit Eva.

 

Eva, qui est graphiste, a conçu un grand cœur orange avec deux plumes accrochées à l’intérieur. Elle a utilisé une machine Cricut pour découper le motif fin et complexe des plumes en silhouette, ce qui aurait été difficile et aurait pris du temps à découper à la main.

 

Les plumes sont importantes dans la culture autochtone américaine, symbolisant le grand honneur, le pouvoir, la sagesse, la confiance, la force et la liberté. Dans le cadre des cérémonies de clôture de la Commission de vérité et réconciliation du 3 juin 2015, des cœurs ont été plantés dans les jardins de Rideau Hall et sont devenus depuis un symbole des pensionnats.

Les t-shirts orange  (en anglais seulement) sont un rappel d’honorer les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis qui ont été volée à leur famille pour aller dans des pensionnats et de s’en souvenir. Les cœurs orange sont devenus le symbole de la perte de ces enfants. La conception d’Eva incorporait ces éléments importants.

Eva a découpé 20 cœurs. Elle en a accroché un à sa fenêtre et a mis le reste dans un sac Ziploc qu’elle a collé au lampadaire devant sa maison. Elle a publié sur la page Facebook de son quartier que les cœurs étaient là si quelqu’un en voulait pour sa fenêtre.

 

« Les cœurs ont disparu en quelques secondes », a-t-elle dit.

 

Des gens ont fait part de leur déception de ne pas pouvoir avoir un cœur, alors Eva en a fait d’autres et les a mis sur le lampadaire. Ils ont également été ramassés. Les demandes ont commencé à se multiplier pour des cœurs en papier orange. Elle en a fait davantage. Eva a également reçu des demandes pour des cœurs orange en vinyle à coller sur les vitres des voitures, et a conçu un cœur orange plus petit pour les autocollants. Les gens ont déposé du papier cartonné et du vinyle orange. Eva a commencé à faire jusqu’à 150 cœurs par jour.

 

Pour répondre à toutes les demandes et à tous les commentaires qui lui parvenaient, Eva a créé la page Facebook « Chilliwack Orange Heart Project ». « Sensibiliser ainsi que soutenir les victimes du système des pensionnats canadiens et tous les enfants autochtones, un cœur orange à la fois! »

 

La grand-mère de Josh a fréquenté un pensionnat.

 

« Elle est décédée maintenant, a déclaré Eva, mais son temps passé dans le système résidentiel canadien était quelque chose qui l’a toujours hanté, et elle a surtout refusé d’en parler. »

 

« Cela m’a vraiment fait prendre conscience que la douleur causée par le système des pensionnats n’est pas seulement quelque chose faisant partie de l’histoire du Canada – elle touche les personnes aujourd’hui, qui ont mon âge et qui vivent dans mon quartier. C’est littéralement un problème qui est "près de chez nous", et beaucoup plus près que je ne l’avais jamais imaginé. »

Eva a fabriqué le premier cœur orange pour sa fenêtre le 2 juin. En neuf jours, elle a découpé 500 cœurs en carton et 378 autocollants en forme de cœur. Avec la fin de son congé de maternité et son retour au travail à la mi-juin, Eva savait qu’elle n’aurait pas autant de temps pour fabriquer des cœurs. Quatre femmes de la région possédant des Cricuts se sont portées volontaires pour l’aider à découper des cœurs pendant qu’elle était au travail. En date du 8 juillet le Chilliwack Orange Heart Project avait découpé et distribué plus de 1 000 autocollants en vinyle et environ 1 000 cœurs en carton.

 

Eva a également publié ses dessins de son cœur orange sur la page Facebook afin que d’autres personnes disposant d’un coupe‑papier Cricut puissent en fabriquer.

 

Elle a été heureuse d’apprendre que l’une des bandes de la Première Nation Sto:lo, près de chez elle, a utilisé le dessin de son cœur pour créer 215 cœurs à afficher dans leur collectivité. Eva a également reçu récemment un don de 60 pieds de vinyle (assez pour fabriquer 490 autres autocollants) de la part de Decalmania, une entreprise de Fort Langley appartenant à des Autochtones.

 

De nombreuses personnes ont communiqué avec Eva, et lui ont exprimé leur intérêt à lancer leurs propres projets de cœur orange. Il existe désormais des sites indépendants à but non lucratif du Orange Heart Project à Pitt Meadows, à Maple Ridge, à Langley, à Surrey, ainsi que dans quelques collectivités en Alberta et en Ontario.

 

C’est tout de même près de chez elle qu’elle voit ces cœurs de ses propres yeux.

 

« J’adore me promener dans le quartier ou conduire, aller à l’épicerie, et voir ces cœurs orange sur les commerces, à l’arrière des voitures des gens – partout dans la collectivité », a déclaré Eva.

 

À Chilliwack, les cœurs orange sont partout – un signe visible de soutien à ceux dont la vie a été touchée par les pensionnats.

 

La découverte tragique des tombes d’enfants dans l'ouest du Canada nous rappelle tristement qu’il y a beaucoup à apprendre sur l’histoire des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Nous avons tous été secoués par cela et nous nous efforçons de comprendre, d’apprendre et de trouver des moyens de montrer notre soutien. Les cœurs en papier orange ont été l’une des façons choisies par beaucoup de personnes dans les collectivités de tout le pays pour montrer la tristesse et la colère qu’ils ressentent envers la tragédie vécue par les peuples autochtones à travers le système des pensionnats, et surtout pour honorer les enfants dont la vie a été volée.

 

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