William Head on Stage célèbre 40 ans de théâtre en direct

Chaque automne, depuis 1981, William Head on Stage (WHoS) attire des auditoires pouvant compter jusqu’à 2 500 personnes sur 15 soirées. L’Établissement William Head, situé à 35 minutes en voiture de Victoria, en Colombie Britannique, est le seul pénitencier canadien ayant une compagnie de théâtre gérée par des détenus.

 

Le fait qu’ils présentent des pièces de théâtre à des auditoires communautaires locaux depuis 40 ans en dit long sur leur engagement.

 

À l’origine, l’Université Simon Fraser et l’Université de Victoria offraient des crédits pour les cours d’art dramatique aux délinquants à l’établissement (à l’époque, un établissement à sécurité moyenne; aujourd’hui, un établissement à sécurité minimale). Le programme a été abandonné en raison de modifications apportées aux politiques en 1993, mais les hommes souhaitent qu’il se poursuive. Avec l’aide de membres du personnel et de bénévoles de la communauté théâtrale locale, des délinquants de l’Établissement William Head ont continué à présenter des pièces de théâtre.

 

« Je pense que, dès le début, ils avaient beaucoup de soutien, surtout de la part du personnel et de la direction; nous avons vu ce que cela apportait aux hommes », déclare Cecilia Rossander, agente de programmes sociaux à l’Établissement William Head. « Je crois en cette initiative et je remarque les différentes expressions qui animent leur visage lorsqu’ils racontent les histoires, ainsi que la façon dont les participants sortent de leur coquille. Je constate les changements dans les personnes qui y prennent part. La direction appuie également cette initiative et remarque ses nombreux avantages. »

 

Les détenus participent à chaque aspect du processus créatif, de la répétition à la présentation. Ils conçoivent et fabriquent les scènes, les costumes, les accessoires, l’éclairage et le son, ou jouent de la musique en direct. Ils assument les rôles d’acteur, d’auteur et de régisseur. 

 

« Ils tirent de nombreux avantages à y participer, les principaux étant, selon moi, un sens de la collectivité, ainsi qu’un nouveau sentiment d’appartenance », affirme Paul, détenu présidant le conseil de WHoS composé de cinq hommes et participant depuis 2018. « Quand on s’engage auprès de WHoS, on s’engage au sein d’un groupe de personnes, de tous les horizons, qui se réunissent pour créer une direction et des objectifs communs, ainsi que pour faire bouger les choses.»

 

Il n’est habituellement pas difficile de recruter des participants au sein de l’établissement. Par exemple, près d’un tiers de la population de l’établissement a participé à titre d’acteur et de membre de l’équipe à la production de 2018 de Crossroads (environ 50 des 180 détenus).

 

« Cela nous permet de retrouver notre voix, d’avoir des conversations différentes qui nous permettent d’établir des liens avec des gens tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la prison », ajoute Paul. « Pour beaucoup d’entre nous, la confiance que nous avions perdue se réinstalle et, pour les participants qui n’avaient jamais eu une telle expérience, le fait qu’une occasion comme WHoS se présente à eux, c’est comme s’il y a soudainement des occasions partout. »

 

Au fil des ans, WHoS a présenté des pièces de théâtre existantes, comme MacBeth, et adapté des livres à la scène (p. ex., The Hobbit). Le groupe a également créé ou conçu ses propres pièces de théâtre, en trouvant des concepts créatifs et en rédigeant les scénarios. 

 

« Les travaux de conception se sont avérés puissants, en ce sens qu’ils ont permis de créer des occasions pour des hommes qui ne savent pas lire ou qui ont de la difficulté à lire », explique Kate Rubin, artiste de théâtre professionnelle et bénévole auprès de WHoS depuis 2006. « De plus, les scénarios semblent encore être rédigés d’un point de vue des Blancs… et, en prison, les Autochtones et les personnes issues d’autres cultures, qui sont prédominants, ne seraient pas à l’aise de présenter une pièce de théâtre rédigée d’un point de vue des Blancs privilégiés. »

 

Par conséquent, Kate souligne que les productions incorporent les diverses origines ethniques, cultures et langues des hommes participants.

 

Généralement, de 10 à 12 bénévoles apportent leur aide à chaque pièce de théâtre. À partir du mois de février, les bénévoles animent des ateliers d’art dramatique, dans le cadre desquels les détenus développent leurs talents d’acteur et les personnages et apprennent comment produire une pièce de théâtre. En juin, ils travaillent ensemble à la création d’une production en direct. Les bénévoles jouent des rôles sur scène aux côtés des détenus.

 

C’est également grâce au soutien et à l’engagement du personnel que les productions de WHoS sont possibles.

 

« Je suis l’agente de liaison sur place pour les productions de WHoS. Tout ce qui concerne WHoS relève de ma responsabilité », explique Cecilia, qui assure la liaison entre les résidents de l’Établissement William Head, le personnel, les fournisseurs de la collectivité et les bénévoles. Cecilia achète le matériel requis et coordonne les calendriers des rencontres et des répétitions avec les membres de la direction et le personnel concerné, ce qui comprend les magasins et la sécurité. « Nous faisons cela depuis si longtemps; c’est devenu une seconde nature pour l’établissement. Nous avons élaboré de bonnes procédures au fil des ans. »

 

Après chaque présentation, une séance de discussion est tenue, dans le cadre de laquelle les participants de WHoS s’assoient sur la scène et répondent aux questions de l’auditoire concernant leur participation au processus de production. Il s’agit d’une occasion unique pour les membres de l’auditoire et les délinquants d’établir des liens et d’apprendre les uns des autres.

 

« Avant la pièce de théâtre, il y a toujours une atmosphère de mystère et une énergie nerveuse qui règnent lorsqu’on entre dans la prison », affirme la bénévole Kathleen Greenfield, co-directrice artistique de la troupe d’art d’interprétation de Victoria, SNAFU Society of Unexpected Spectacles. « Ensuite, on voit l’auditoire quitter, ayant appris quelque chose de très important au sujet de l’humanité. Ces séances de discussion contribuent à créer un sentiment d’appartenance. »

 

En 2020 et 2021, WHoS a annulé ses présentations en raison de la pandémie de COVID-19. Toutefois, le groupe a réussi à se tourner vers un différent mode de prestation, en créant un balado qui serait accessible aux auditoires sur des plateformes numériques. CFUV, la station de radio de l’Université de Victoria, a offert de le diffuser.

 

« Les hommes n’ont pas accès à une technologie numérique, mais ils ont accès aux stations de radio », déclare Kathleen, qui a produit et édité le balado de trois épisodes et coordonné le tout avec CFUV. « Ainsi, tous les participants devraient être en mesure d’écouter le balado de l’intérieur du pénitencier. »

 

Le balado de WHoS, intitulé Dark Traveller, a été enregistré à l’intérieur de l’Établissement William Head lors du confinement lié à la pandémie. Il s’agit du premier balado public créé par des détenus au Canada. La série en trois parties comprend la pièce radiophonique Northern Lights, ainsi que des entrevues, des compositions écrites inédites originales et une visite en coulisses.

 

Ce fut l’occasion idéale pour les membres de WHoS de faire preuve de créativité, d’acquérir de nouvelles compétences et de maintenir des liens au cours d’une année d’isolement. Ils prévoient retourner sur scène en 2022.

 

Le balado, diffusé le 2 juin 2021, est disponible au lien suivant, de même que sur Spotify, Apple Podcasts, Breaker, Castbox, Google Podcasts, Overcast, Pocket Casts et RadioPublic.

 

Le SCC est très fier de cette initiative gérée par des détenus qui, depuis 40 ans, apporte beaucoup aux détenus et à la collectivité. Le Service et les personnes sous sa responsabilité profitent grandement de la collaboration avec les partenaires communautaires. Il ne peut pas accomplir ce travail seul. Nous sommes reconnaissants envers le personnel et les bénévoles de la SNAFU Society of Unexpected Spectacles pour le soutien qu’ils apportent aux détenus.

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